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La solution


Sept mesures intégrées

Ce dont le Canada a besoin pour réussir dans un monde en mutation

Pour réduire ces écarts, le Canada doit mettre en œuvre et suivre un ensemble de mesures intégrées qui améliorent directement sa performance en matière de santé de la population. Il n'y a pas de temps à perdre : le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et un contexte technologique et géopolitique en rapide évolution exigent une intervention immédiate.

Les sept mesures suivantes visent à reconstruire le système autour d'un principe directeur unique : au-delà de son rôle de bien individuel et collectif, la santé constitue un moteur de productivité. Les quatre premières mesures visent à accroître la capacité du système à répondre aux besoins. Ensemble, elles se renforcent mutuellement.

Mesure 1 :

Veiller à ce que chaque Canadien soit rattaché à un foyer médical

Mesure 2 :

Rendre la prévention proactive et personnalisée

Mesure 3 :

Éliminer les obstacles à la participation

Mesure 4 :

Offrir aux individus des outils financiers pour la prévention

Mesure 5 :

Créer de la capacité à partir de ce que nous avons déjà

Mesure 6 :

Moderniser véritablement l’infrastructure numérique en santé

Mesure 7 :

Repenser le financement et les incitatifs

Mesure 1 : Veiller à ce que chaque Canadien soit rattaché à un foyer médical


Le système canadien demeure largement axé sur les épisodes de maladie, alors même que de nombreuses personnes n’ont pas accès à une relation stable et continue avec des professionnels de la santé. Environ six millions de personnes n'ont pas de médecin de famille31. Un foyer médical intègre les soins primaires et la prévention, en offrant à chaque personne une équipe de soins désignée qui constitue son point d’entrée dans le système. Les Pays-Bas illustrent ce que peut représenter un accès universel à des soins continus : plus de 95 % de la population y est rattachée à un médecin de famille, grâce à un modèle qui exige des assureurs qu’ils associent chaque résident à un cabinet médical et veillent au maintien de cette affiliation au fil du temps32. Cette continuité va bien au-delà de la simple commodité. Au Danemark, les adultes suivis par le même cabinet médical depuis au moins dix ans présentent un taux de mortalité inférieur de 21 % à celui des personnes récemment inscrites33.

Toutefois, l'inscription à elle seule ne suffit pas; le modèle canadien doit transformer la continuité de soins en résultats de prévention mesurables. En plus d'une équipe désignée, d'un plan de santé numérique et d'un ensemble de mesures de prévention financées, une part du financement de chaque centre de soins intégrés devrait être liée à des résultats de prévention clairement définis. Ceux-ci comprennent notamment les taux de dépistage et de vaccination, la maîtrise des facteurs de risque associés à des maladies comme l'hypertension et le diabète, ainsi que l’amélioration de l’état de santé de la population inscrite. Tous ces indicateurs devraient faire l’objet d’une divulgation transparente et être comparés d’un établissement à l’autre. Les mesures incitatives donnent des résultats. En Angleterre, par exemple, dans le cadre d’un modèle de rémunération fondé sur le rendement, les résultats consignés en matière de prévention se sont améliorés lorsque les paiements étaient liés à la performance et ont diminué de 11 à 13 points de pourcentage lorsque ces incitatifs ont été retirés34. Le Canada devrait associer les mesures incitatives à une reddition de comptes rigoureuse, en récompensant les équipes qui contribuent à maintenir la population en bonne santé et en retenant une partie du financement lorsque les cibles ne sont pas atteintes. Ainsi, la prévention deviendrait un engagement financé et mesuré, plutôt qu’une simple aspiration.

Mesure 2 : Rendre la prévention proactive et personnalisée


Une fois la prévention priorisée, elle peut devenir plus proactive, personnalisée et continue. Le Canada doit aller au-delà des examens périodiques et des campagnes de santé publique générales pour repérer les risques plus tôt et intervenir plus rapidement. Le Programme de prévention du diabète du NHS en Angleterre a permis d’identifier les personnes atteintes de prédiabète et de les inscrire à un cours de modification de comportement. Les participants étaient 20 % moins susceptibles de développer un diabète de type 2 dans les trois années suivantes35. Le Canada devrait dépasser les projets pilotes isolés et déployer systématiquement des initiatives de prévention ciblées visant les principaux facteurs de perte de productivité, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires, l'obésité, la santé mentale et les troubles musculosquelettiques.

La technologie peut contribuer à faire de la prévention une démarche continue plutôt qu’occasionnelle. Dans un essai randomisé portant sur plus de 100 000 femmes, la mammographie assistée par l’IA a permis de détecter 29 % plus de cancers tout en réduisant de moitié la charge de travail des radiologues (baisse de 44 %), sans augmentation du nombre de cancers diagnostiqués entre les dépistages réguliers36. Les technologies émergentes vont encore plus loin. Lors d’un examen de la vue,l’analyse par IA d'une photo rétinienne de routine peur détecter un risque cardiovasculaire avec une sensibilité d'environ 91 %.37 Combinés aux données de santé longitudinales, ces outils permettent aux équipes de soins d'identifier les personnes à risque avant l'apparition des symptômes et d'intervenir lorsque la prévention est la plus efficace.

Mesure 3 : Éliminer les obstacles à la participation


Une bonne santé physique ne favorise la productivité que si les personnes sont en mesure d’en tirer parti. Or, eux groupes font face à des obstacles persistants : les proches aidants et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Les proches aidants bénéficieraient d'un meilleur soutien grâce à des mesures fédérales ciblées. Il serait notamment possible d’élargir les prestations de proches aidants de l’assurance-emploi au-delà des critères actuels liés aux maladies graves et aux soins de fin de vie afin d’y inclure les soins de longue durée pour les personnes atteintes de maladies chroniques. Cette mesure devrait être accompagnée d’un accès accru aux services de relève, aux soins à domicile et aux congés protégés par la loi38. Deuxièmement, inscrire dans la loi le principe de parité en matière de santé mentale et de consommation de substances afin que ces enjeux soient financés de façon équitable par rapport à la santé physique, et offrir dans tous les milieux de travail un accès rapide à la thérapie, ainsi qu’à des services de prévention et d’intervention précoce.

Mesure 4 : Offrir aux individus des outils financiers pour la prévention


Le financement du système devrait rejoindre les particuliers ainsi que les institutions. En établissant un compte d'épargne de prévention universel, les personnes pourraient accéder à un droit transférable, assorti d’incitatifs, leur permettant d'investir dans le dépistage, la gestion des facteurs de risque et l’adoption de comportements favorables à la santé avant le début de la maladie. Le concept s'inspire du modèle de Singapour fondé sur les comptes individuels, mais le mécanisme serait adapté au contexte canadien, en s'appuyant sur les comptes de gestion de santé déjà offerts par de nombreux employeurs et en les élargissant vers un modèle universel grâce à une contribution ou à un mécanisme de contrepartie du secteur public.

Conçu comme un complément à l’assurance-maladie, ce compte s’inscrirait en dehors du champ des services assurés par la Loi canadienne sur la santé et serait plus facilement mis en œuvre sous la forme d’un instrument fédéral de fiscalité et de transferts. Contrairement aux propositions antérieures de comptes d’épargne santé axées sur la maîtrise des coûts, son objectif serait la prévention et la productivité, en faisant de la prévention non plus une dépense que les gouvernements cherchent à réduire, mais un actif dont les individus sont propriétaires.

Mesure 5 : Créer de la capacité à partir de ce que nous avons déjà


Le Canada devrait libérer la capacité inutilisée au sein du système et la réinvestir dans des centres de soins intégrés dotés d'équipes interdisciplinaires et d’objectifs axés sur les soins en amont.

Les médecins consacrent environ 19,8 millions d'heures par année à des tâches administratives inutiles, soit l'équivalent d'environ 9 000 médecins à temps plein39. Les gouvernements fédéral, provinciaux, municipaux ainsi que les organismes de réglementation devraient adopter un objectif commun pour réduire ce fardeau (par exemple, de 10 % sur une période de trois ans). Chaque ordre de gouvernement peut agir sur les leviers qu'il contrôle, qu’il s’agisse des exigences de facturation et de déclaration ou des règles de documentation imposées par les collèges des médecins, et mettre à profit l'IA pour récupérer ces heures.

La technologie de rédaction assistée par l’IA (AI Scribe) de Kaiser Permanente a, à elle seule, permis d'économiser environ 15 800 heures de travail médical en un an, et les plateformes d'IA agentique peuvent prendre en charge l'ensemble des fonctions administratives40.

Les hôpitaux aussi peuvent devenir des moteurs de création de capacité. Les hôpitaux canadiens affichent un taux d'occupation d'environ 91 %41, alors que 5 à 10 % des patients hospitalisés pouvaientrecevoir des soins à domicile en toute sécurité42. Étendre le programme Hospital-at-Home de l'Ontario à l'échelle nationale allégerait cette pression. À titre d’exemple, les programmes @home de Bayshore, mis en œuvre avec 13 hôpitaux ontariens, ont permis de libérer plus de 240 000 journées-lits associées à des niveaux de soins alternatifs, et 94 % des patients recommandant le programme43.

Mesure 6 : Moderniser véritablement l’infrastructure numérique en santé


Aucune de ces mesures ne pourra être déployée à grande échelle sans des données qui accompagnent les patients tout au long de leur parcours de soins. Le projet de loi S-5 (Loi visant un système de soins de santé connecté au Canada) propose d’imposer des normes communes d’interopérabilité et d’interdire le blocage des données par les fournisseurs de technologies de l’information en santé44. Nous pouvons agir rapidement et rendre les progrès visibles grâce à un tableau de bord public mesurant la proportion de fournisseurs qui échangent des données structurées, avec pour objectif d’atteindre une interopérabilité de 100 %.

Mesure 7 : Repenser le financement et les incitatifs


Faire des résultats, et pas seulement des ressources investies, la mesure commune du succès du financement fédéral et provincial de la santé. En s'appuyant sur les ententes existantes, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient lier une partie des transferts en santé à des mesures de progrès convenues conjointement. Les provinces recevraient un financement de base prévisible en plus d'un financement fondé sur l’atteinte des résultats communs, lié aux progrès réalisés selon un tableau de bord de productivité pancanadien. Ce tableau de bord pourrait être élaboré conjointement avec les provinces, s’appuyer sur les possibilités présentées ici et être confié à un organisme indépendant, comme l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), afin de garantir la crédibilité et l’indépendance des indicateurs.

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